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La fin du PC

Même si le traditionnel « PC » continue à représenter et de très loin, l’équipement dominant dans les entreprises, force est de constater que l’avenir s’annonce de plus en plus bouché pour une architecture dont les débuts remontent à 1981. De nombreux facteurs et Microsoft lui-même poussent au remplacement d’un outil de moins en moins adapté aux attentes des utilisateurs. Le PC roi des années 90 a vécu mais son influence continuera encore longtemps à se faire sentir.

En cette fin d’année 2013, Microsoft introduit Windows 8.1 pour essayer de relancer un marché du PC en fort repli depuis six trimestres consécutifs.

L’arrivée de Windows 8 l’année dernière n’avait pas, c’est le moins qu’on puisse dire, suscité l’enthousiasme des consommateurs et avait du coup fait plonger les ventes de PC.

Même si Windows 8.1 corrige un bon nombre de défauts de jeunesse, même si l’écosystème matériel et applicatif est beaucoup plus consistant qu’il y a douze mois, peu s’attendent à ce que cette nouvelle version de Windows permette au marché du PC de retrouver ses anciens niveaux de croissance.

Une convergence de facteurs poussant au déclin du PC


Les raisons de la baisse des ventes de PC sont multiples et bien connues.

Elles résident dans l’apparition d’une nouvelle génération d’appareils qui représentent des alternatives séduisantes aux yeux de consommateurs à la recherche d’outils portables et simples d’emploi.

Même si l’ergonomie des PC, mais aussi des Macintosh d’Apple, avait permis dans les décennies 80 et 90 de démocratiser l’utilisation de l’outil informatique, il n’en reste pas moins que Windows tout comme OSX constituent des environnements complexes conçus pour des applications excédant largement les besoins d’une majorité d’utilisateurs.

D’où le succès des smartphones et des tablettes largement plébiscités par les consommateurs.

Le succès de ces nouveaux outils plus simple d’utilisation et éminemment portables a débouché sur un mouvement qu’on a coutume d’appeler BYOD et qui pousse à l’utilisation d’outils informatiques personnels dans un contexte professionnel, au détriment bien entendu de l’usage du PC fourni par l’entreprise.

La perte d’influence de Microsoft

 

Au-delà de ces outils, la multiplication des Chromebook pourrait bien concurrencer le PC pour des utilisateurs dont les besoins se limitent aux applications qui peuvent s’exécuter dans un navigateur, en l’occurrence dans Chrome.

La multiplication des Chromebook poussés par des constructeurs comme HP ou Lenovo est un signe supplémentaire de la perte d’influence de Microsoft sur ses anciens partenaires.

Echaudés par l’échec de Windows 8, mais aussi par la concurrence des appareils « Surface » de l’ancien éditeur reconverti en fournisseur de « devices and services », les anciens alliés indéfectibles de Microsoft et particulièrement HP se positionnent désormais comme ses concurrents.

Facteur supplémentaire, de plus en plus d’entreprises se lancent dans la virtualisation du poste de travail.

Plutôt que d’investir dans de nouvelles machines couteuses, beaucoup d’entreprises préfèrent héberger sur leurs serveurs des environnements de travail virtualisés plus faciles et moins couteux à supporter.

Microsoft lui-même vient de mettre à disposition des utilisateurs d’Android et d’iOS son outil de prise de contrôle à distance ce qui les autorise à lancer à distance une application Windows qu’ils n’auront donc pas à faire tourner sur leur terminal.

La stratégie post PC de Microsoft

 

Enfin, paradoxalement, Microsoft lui-même pousse à cette évolution même si la firme de Redmond ne voudra en aucun cas l’admettre publiquement.

Depuis le lancement de l’iPhone en 2007 et de celui de l’iPad trois ans plus tard, le PC plateforme dominante des trente dernières années a vu ses parts de marché se réduire très rapidement pour représenter environ 20 % des ventes toutes catégories d’équipement confondus. En 2013, c’est Android et non plus Windows qui représente le système d’exploitation le plus commercialisé.

Conscient de la progression inéluctable de ces environnements tactiles, Microsoft a cherché à en tirer les conséquences en adoptant une stratégie ambitieuse.

Cette stratégie consiste à faire converger l’ensemble de ses plateformes systèmes (Windows 8, Windows RT, Windows Phone, Xbox) pour à terme offrir des applications communes, un jeu d’interface unique pour les développeurs et enfin un ensemble de services unifié.

La conséquence de cette stratégie est évidemment la disparition à terme de Windows et du bureau qui ont constitué le paradigme dominant des trente dernières années.

Impossible pour autant à Microsoft de présenter les choses de cette façon, sans compter que l’ex éditeur se doit de supporter les centaines de millions d’utilisateurs ayant investi dans des applications Win32 et qui s’attendent légitimement à pouvoir continuer à les utiliser dans les années qui viennent.

Ceci explique le choix de faire de Windows 8 et de ses successeurs un environnement hybride, mi PC pour assurer la compatibilité avec les applications Win32 et mi tablettes pour préparer l’avenir.

On peut légitimement faire le parallèle avec la transition organisée par Microsoft dans les années 90 entre les environnements DOS/Windows 16 bits et une nouvelle plateforme moderne incarnée par Windows NT et Win32.

Dans le cas de Windows 8, c’est le bureau Windows et les applications Win32 qu’il s’agit de remplacer graduellement par des applications Metro nativement tactiles.

Avec Windows 8.1, on voit la prééminence du bureau commencer à disparaitre.

En dépit du retour du bouton démarrer, de la possibilité avec Windows 8.1 de démarrer directement dans le bureau Windows, Microsoft lentement mais surement pousse à ce que de plus en plus de tâche s’effectuent dans Metro.

Il n’est pas difficile d’imaginer que le bureau disparaisse progressivement au gré des versions successives de Windows.

D’ici à l’arrivée de la prochaine version de Windows (qu’elle soit appelée Windows 8.2 ou Windows 9), Office sera disponible en version « Metro » et donc utilisable nativement sous forme tactile. La suite bureautique sera également utilisable sous iOS et Android.

Il est donc logique et cohérent pour Microsoft de pousser ses utilisateurs à adopter son interface tactile Metro, tout en continuant à supporter les applications Win32, plutôt que d’être le témoin passif d’une lente obsolescence de Windows dont profiteront Google et Apple.

Windows 7 le nouveau Windows XP ?

Tout comme dans le cas de la transition précédente de DOS/Win16 vers Windows NT, celle entreprise par Microsoft avec Windows 8 prendra plusieurs années.

En attendant, le Gartner Group prédit sans doute à raison que la plupart des entreprises standardiseront dans les années qui viennent sur Windows 7 et Office 2010, tout comme elles avaient standardisés auparavant autour de Windows XP.

Si le support de Windows XP s’achève dans quelques mois en avril 2014, celui de Windows 7 se termine en 2020, ce qui laisse sept ans aux entreprises pour considérer leurs options et préparer l’avenir.

Une chose est sûre, cet avenir ne sera plus un PC tel qu’on se le représente aujourd’hui.

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