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Avec la connexion sans fil NFC, le Smartphone devient un sésame électronique

Deux ans après les premières expériences françaises, la NFC intéresse de plus en plus de professionnels. Les applications sont diverses : paiement sans contact, billetterie, ticket pour les transports en commun… Mais il reste encore quelques obstacles avant qu’elle ne se généralise.

En une vingtaine d’années, le téléphone mobile a profité d’une extraordinaire mutation technologique et sociétale. Le modèle de 2012 n’a plus rien à voir avec le volumineux Radiocom 2000 de la fin des années 80. Aujourd’hui, les fonctionnalités d’un smartphone sont multiples et semblent infinies. Après la voix, le multimédia et les données, cet appareil s’apprête à devenir un portefeuille et une carte d’identité numériques.

De nouveaux usages variés

Le paiement mobile est une application phare à laquelle on pense immédiatement, mais il existe de nombreux champs d’utilisation, dont certains sont déjà opérationnels (Pass Navigo de la RATP, cares bancaires sans contact…).

Villes-pilotes

Cette évolution est due à la généralisation de la NFC (Near Field Communication), une technologie proposée par Sony et Philips qui permet des connexions sans fil de proximité (quelques centimètres). En France, les premières expérimentations à grande échelle de cette solution remontent à mai 2010 à Nice, désignée « Ville du Sans Contact ». Les transports et des monuments ont été dotés de tags NFC (en quelque sorte, des petites étiquettes communicatives). Plus de 1300 commerçants ont été équipés de terminaux acceptant les paiements sans contact, et plus de 3000 volontaires équipés de smartphones compatibles ont pu essayer de nouveaux services : validation du titre dans les réseaux de transport, données en temps réel sur leurs éventuelles perturbations, informations touristiques, paiements rapides et sans contact chez les commerçants…

Un essai réussi. D’autres villes ont décidé d’emboîter le pas, aidées par les « Investissements d’avenir » du Grand Emprunt : Bordeaux, Caen, Grenoble, Marseille, Mulhouse, Strasbourg, Toulon, Toulouse et le comité régional du tourisme d’Île-de-France vont ainsi bénéficier d’une enveloppe de près de 15 millions d’euros.

Résultat, l’hexagone comptera à la fin de cette année deux millions de mobiles intégrant une carte SIM NFC. Orange est en tête des opérateurs pour le déploiement du NFC puisque tous les nouveaux clients (y compris ceux qui renouvellent leur contrat) se voient désormais équipés de la SIM Upteq NFC de Gemalto. La France est en avance en Europe : le nombre de cartes compatibles n’atteint qu’un million au Royaume-Uni, 300 000 en Espagne et 200 000 en Pologne.

De nombreux smartphones

Le nombre de modèles smartphones compatibles NFC ne cesse également d’augmenter même s’il reste encore assez limité : des BlackBerry aux Samsung Galaxy SII et III en passant par HTC, Acer, et Nokia (avec les derniers Windows Phone notamment). En 2015, la moitié des mobiles devraient embarquer cette technologie. Cet important parc de terminaux pourra profiter de nouveaux services : ouvrir les portières de son véhicule et payer les horodateurs, accéder à un immeuble, s’identifier sur son PC, diffuser de la musique sur une enceinte sans fil…

Mais le commerce devrait être l’un des principaux secteurs d’activité à exploiter cette solution : paiement au restaurant ou dans un hypermarché, carte de fidélité, utilisation de coupons, billetterie… Pour les commerçants, la NFC va pouvoir accompagner le client sur son parcours d’achat et enregistrer de nombreuses informations sur son comportement. La connaissance du client va être améliorée et les politiques marketing être plus affinées. Les campagnes de couponing, aujourd’hui souvent lancées à l’aveuglette, seront bien mieux ciblées, et plus faciles, donc moins chères, à réaliser.

À la recherche d’un business model

Ces différents constats positifs sur la NFC doivent être néanmoins tempérés. Fin novembre 2012, l’IDATE (anciennement Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe) a publié son rapport « NFC & Paiement mobile » qui présente l’état du marché du paiement mobile et de la technologie NFC. Cette étude met notamment en avant quelques divergences concernant le business model.

Les analystes de ce cabinet de Montpellier estiment que dans le domaine des transports le modèle économique semble plutôt équilibré entre les coûts induits par le NFC sur téléphone et les revenus directs que peuvent générer les transporteurs grâce au NFC. Leur opinion est plus nuancée concernant le paiement mobile. Contrairement au secteur du transport où l’écosystème est relativement fermé, le paiement nécessite de nombreux acteurs différents qui doivent s’entendre pour proposer un service de paiement NFC.

Or, la NFC occasionne de nouveaux frais, notamment pour les banques (application, TSM, opérateurs le cas échéant). Ces coûts pourraient être répercutés sur les clients ou atténués grâce à la publicité sur mobile par exemple. La NFC a aussi un coût pour les entreprises qui devront s’équiper de lecteurs et de tags (quelques centimes d’euros). Aujourd’hui, seulement 10% des TPE (Terminaux électroniques de paiement) sont compatibles avec la NFC.

NFC et sécurité

Il y a enfin la sécurisation des informations personnelles et des transactions. Officiellement, les failles découvertes en 2008 n’existent plus. Les acteurs de la NFC précisent que les données transmises entre un terminal de paiement et un smartphone NFC sont les mêmes que celles transitant entre une carte bancaire et un terminal de paiement. Ils indiquent également que la SIM assure le même niveau de protection que la puce d’une carte bancaire, et a obtenu les mêmes labels de sécurisation.

Pourtant, lors de la conférence Hackito Ergo Sum, le spécialiste en sécurité chez BT (ex-British Telecom), Renaud Lifchitz a déploré le manque de sécurisation de ce type de moyen de paiement en indiquant que certaines cartes ne disposent ni de système d’authentification ni de chiffrement. Ce constat semble partagé par la CNIL qui a mené des tests sur des cartes NFC après cette démonstration. « Les conclusions des tests que nous avons réalisés semblent aller dans le même sens que celles de M. Lifchitz », précise la CNIL…

Devant de telles incertitudes et risques, les entreprises devraient s’empresser de télécharger le guide publié par l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Ce document les aidera à mettre en œuvre un système de contrôle d’accès sans contact fiable et sécurisé.

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