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L’Open data ou comment l’exploitation des données numériques peut créer des opportunités pour les entreprises tout en aidant le citoyen

Ce que l’on appelle l’Open data consiste dans la mise à disposition gratuite des données numériques produites par des organismes publics ou privés. Cette masse d’informations est mise à profit pour diversifier les services et informations à destination du grand public, mais sert également aux entreprises pour créer de nouveaux services et parfois augmenter leur profitabilité.

Le mouvement « Open Data » repose sur une dynamique de mise à disposition d’informations publiques. La loi française établit une obligation générale d’ouverture des données publiques, tout en prévoyant quelques exceptions concernant les données relevant de la vie privée et de la sécurité nationale ainsi que les informations présentes dans des documents sur lesquels des tiers détiennent des droits de propriété intellectuelle.

La législation précise également que les données produites par un opérateur privé, dans le cadre d’une mission de service public, sont « publiques ». En revanche, celles qui participent à une mission de service public industriel et commercial ne sont pas à priori « accessibles ».

Dans un premier temps, l’Open data a concerné les administrations et le service public. Fin 2011, la France a inauguré le portail Data.gouv.fr regroupant les données publiques produites par l’État.

Ce mouvement intéresse également de plus en plus les entreprises privées. L’ouverture et le partage des informations représentent en effet un moyen de se différencier, d’améliorer son offre de services et d’augmenter le nombre de ses clients.

Selon un rapport publié cet été par la Commission européenne, le potentiel économique de l’Open data est estimé à 27 milliards d’euros.

Les principaux bénéfices pour les entreprises

  • Premièrement, une meilleure image de marque. Selon l’étude Bluenove – BVA « connaissance du concept d’Open Data » parue en septembre 2011, « 63 % des entreprises interrogées pensent pouvoir améliorer la satisfaction client grâce à l’ouverture des données ». Mais attention à ne pas dévoiler certains défauts ou imperfections dans les équipements ou services commercialisés par l’entreprise…
  • Deuxièmement, l’Open data permet de renforcer la capacité d’innovation d’une entreprise en proposant de nouveaux produits et services. L’ouverture des données représente en effet un moyen efficace d’encourager la création d’un écosystème autour de l’entreprise pour accélérer sa faculté d’innovation en faisant appel à des tiers (informaticiens, indépendants, start-up…). Ainsi lorsque la ville de Washington DC a lancé en 2008 son 1er concours d’Open data, 47 applications furent développées en 30 jours pour environ 2.6 millions de dollars d’investissements.
  • Troisième intérêt : une préemption des usages sauvages. JC Decaux (pour son service de vélo en libre-service) ou la RATP par exemple ont été confrontés à des réutilisations non autorisées de leurs données. En les rendant publiques, elles ont mis fin à ces pratiques.

Quel modèle économique ?

Bien qu’il s’agisse de données accessibles à tous, des entreprises peuvent tirer profit de ces informations en en facilitant l’accès.

Elles peuvent en premier lieu développer une application « mobile », c’est-à-dire accessible depuis un smartphone ou une tablette. C’est, actuellement, le business model le plus répandu dans l’Open data pour deux raisons.

Premièrement, la majorité des premiers concours à idées ont eu pour résultat la création d’applications mobiles. En deuxième lieu, il existe une forte demande des utilisateurs pour la mobilité (transports collectifs, vélo, parkings…).

Pour l’instant, la rentabilité directe de ces applications reste à démontrer. C’est la raison pour laquelle des sociétés s’appuient sur le développement d’applications mobiles, non pas pour en tirer un profit direct, mais pour se faire connaître. C’est la méthode retenue par NewLC avec son application Eo’City, un programme qui informe les Rennais des horaires de bus et de la disponibilité de places dans les parkings de la ville.

Si NewLC n’a pas gagné d’argent avec son application, elle a remporté un prix de 3.500 €, bien que le développement de son application ait coûté environ 20.000 €. « En revanche, nous nous sommes fait connaître. Nous avons même signé un contrat. On peut donc considérer que le retour sur investissement est là », résume Éric Bustarret, fondateur de NewLC qui emploie 8 personnes.

Un autre business model consiste à développer des API (Application Programming Interface). Les géants de l’internet exploitent cette méthode depuis quelques années.

Le meilleur exemple est Amazon. Dès 2005, le site a ouvert ses bases de données de livres via une « interface de programmation ». Des professionnels et des amateurs ont pu afficher sur leur site ou blog des informations sur les ouvrages listés sur le site d’Amazon. Par ricochet, les internautes intéressés par un roman sont redirigés vers ce site pour l’acheter. Le revenu est partagé entre le géant du e-commerce et les tiers.

Aujourd’hui, d’importantes sociétés s’appuient sur l’Open data.

C’est le cas de Kéolis, pionnier en France de l’Open data dès 2010. Avec Rennes Métropole, cet opérateur privé de transport public de voyageurs a lancé « L’entrepôt de données ». Ce site permet d’utiliser des données pour imaginer des applications.

Exemple : ArceauVélo permet de localiser sur une carte les emplacements de supports à vélo.

De son côté, la SNCF a lancé un portail encourageant des développeurs externes à créer de nouvelles applications à partir de données rendues publiques. Un concours d’idées OpenApp a été organisé par SNCF Transilien. 2000 idées ont émergé et certaines ont été retenues comme cette application conseillant le client pour optimiser son trajet en fonction de la charge et de l’encombrement.

Les applications citoyennes

Enfin, la mise à disposition de données publiques permet aux particuliers comme aux associations d’analyser des données par exemple en matière d’accidentologie, de trafic ou de criminalité pour en retour faire pression sur les administrations concernées.

L’accès au public des données permet d’enrichir le débat démocratique en donnant au citoyen des informations jusque-là inaccessibles et en lui permettant d’intervenir de façon argumentée sur les initiatives en cours émanant de tous les échelons administratifs comme sur les projets de loi en cours d’élaboration.

L’Open Data n’en est qu’à ses prémices. On peut raisonnablement supposer qu’au fur et à mesure où les administrations mettront en ligne leurs données et que les associations apprendront à les décrypter, de nouvelles formes d’engagement citoyen verront le jour pour fonder des politiques publiques basées sur des analyses au plus proche de la réalité du terrain.

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