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La bataille des smartphones : la banalisation de l’iPhone et les déboires juridiques de Google permettront t’ils à Microsoft de regagner du terrain avec Windows Phone 8 ?

Le marché des smartphones est plus que jamais en ébullition en cette rentrée marquée par de nombreuses annonces et manœuvres légales. Quatre plateformes se disputent les faveurs des consommateurs et indirectement celles des entreprises : IOS, Android, BlackBerry et Windows Phone. Si les deux premières semblent bien établies, de récents développements pourraient changer la donne en permettant à Microsoft de reprendre des parts de marché. Tour d’horizon des forces et dynamiques en présence.

La rentrée a été riche en actualité concernant les smartphones. Après les méga procès en violation de brevets qui opposent Samsung et Apple dans de nombreux pays, on a assisté à une série d’annonces de constructeurs autour de Windows Phone 8 et Apple vient de procéder au lancement planétaire de l’iPhone 5.

Si l’iPhone 5 a comme prévu fait les grands titres des médias, la réaction des analystes a surtout consisté dans une relative déception en l’absence de nouveautés marquantes. Après avoir incarné une rupture majeure sur le marché des smartphones lors de son lancement en 2007, l’iPhone semble désormais évoluer graduellement et même faire la course pour rattraper son retard vis-à-vis de smartphones Android et Windows Phone plus prompts à évoluer.

Si Android continue à faire la course en tête, la bataille judiciaire menée par Apple contre Samsung et indirectement contre le système de Google est susceptible d’amener les constructeurs à revoir leur stratégie dans leur lutte contre la firme à la pomme.

Microsoft de son côté s’apprête à relancer sa plateforme Windows Phone en annonçant Windows Phone 8 à la fin du mois, quelques jours après le lancement de Windows 8.

RIM enfin continue à perdre rapidement du terrain et le lancement de BlackBerry 10 repoussé au début 2013 risque de rendre encore plus difficile un comeback du constructeur canadien.

Revue des plateformes en présence

Incontestablement la plateforme la plus mature, l’offre d’Apple continue à représenter le standard vis-à-vis duquel chacun cherche à se positionner. Disposant d’une plateforme de services évoluée sans oublier le nombre et la qualité des applications disponibles, l’écosystème IOS bénéficie de la synergie entre l’iPhone et l’iPad sans oublier la fidélité à toute épreuve de ses consommateurs.

La qualité de l’interface utilisateur et le design des terminaux d’Apple expliquent en grande partie la popularité du constructeur et permettent à ce dernier de remporter la palme de la profitabilité à défaut de la première place en termes de part de marché.

Pourtant l’image d’Apple semble en voie de se banaliser si l’on en croit la relative déception observée à l’occasion du lancement de son dernier terminal. Les premiers chiffres de ventes de l’iPhone 5 ont été en deçà des prévisions des analystes et les critiques ont fusé à propos du nouveau service de cartographie obligeant même le patron d’Apple à formuler des excuses à ses clients.

Si Apple continue à exercer une influence indiscutable sur le grand public, il n’en va pas forcément de même sur le marché de l’entreprise ou le prix de ses terminaux et les difficultés d’intégration d’IOS dans le système d’information font que les DSI renâclent à satisfaire aux demandes de leurs employés.

Le constructeur californien doit faire face aux assauts répétés de ses concurrents qui cherchent à s’attirer les faveurs du public en introduisant une gamme étendue de terminaux couvrant l’ensemble des besoins. Le rythme des nouveautés de terminaux Android et dans une moindre mesure de Windows Phone s’oppose frontalement à la cadence annuelle d’Apple. En proposant plus de terminaux, en étant plus rapides à introduire de nouveaux processeurs, des tailles d’écran plus importantes, sans oublier le support de la 4G et du NFC, les concurrents d’Apple grappillent lentement mais sûrement du terrain face à un concurrent qui tend à se banaliser.

Android

Poids lourd du marché des smartphones avec près des deux tiers des ventes en Europe, le système de Google a connu une progression impressionnante depuis son annonce fin 2007.

L’arrivée de Google sur le marché du smartphone a entraîné la rupture de son alliance avec Apple qui cherche depuis à réduire sa dépendance vis-à-vis du moteur de recherche en introduisant ses propres services Cloud même si ces tentatives ne sont pas toujours marquées de succès si l’on en juge par les nombreux bugs de Maps dans IOS 6.

Sur le marché du smartphone, Android joue en quelque sorte le même rôle que MS-DOS sur le marché du PC. Il s’agit d’un système accessible à tous les constructeurs, gratuit, ce qui ne gâche rien, et de ce fait massivement adopté par Samsung, HTC, Sony …

La stratégie Android de Google n’est pourtant pas sans failles, ses concurrents arguant que ce système intègre de nombreuses briques technologiques violant des brevets légitimes. Même si Oracle semble pour l’instant s’être cassé les dents en demandant que Google lui règle des royalties concernant Java (plateforme héritée lors du rachat de Sun), Apple semble avoir plus de succès en attaquant Google auprès des tribunaux américains.

En rachetant la division mobile de Motorola, Google a également fait naître quelques doutes chez ses partenaires qui se demandent si les terminaux de Motorola ne bénéficieront pas de fonctionnalités spécifiques. Enfin, les déboires juridiques de Motorola en Allemagne jugé coupable de violation de brevets de Microsoft ne vont pas dissiper les doutes sur les risques légaux liés à la plateforme Android.

Malgré sa prédominance auprès du grand public, Android souffre d’un manque de contrôle de la part de Google sur ses OEM. La conséquence en est une fragmentation de cette plateforme liée au coût que doivent supporter les constructeurs pour mettre à jour les terminaux existants. Cette fragmentation a pour conséquence de rendre plus difficile le développement d’applications capables de s’exécuter sur des versions de système différentes.

Android pâtit d’une réputation de système insuffisamment sécurisé si l’on en croit les articles faisant état de failles importantes permettant de récupérer les données d’un utilisateur ou encore concernant des applications disponibles sur le « store » de Google.

Enfin, Android souffre du même problème qu’Apple vis-à-vis des directions informatiques qui peinent à intégrer ce système dans leur système d’information.

Windows Phone

Successeur de Windows Mobile, système abandonné par Microsoft après le succès fulgurant de l’iPhone et celui plus tard d’Android, Windows Phone peine à refaire son retard deux ans après son lancement.

Crédité d’environ 5 % de parts de marché, Windows Phone s’appuie sur une interface innovante qui ne doit rien à celle d’Apple, contrairement à Android qui s’est largement inspiré d’IOS.

Microsoft s’apprête à relancer Windows Phone en introduisant Windows Phone 8 à la fin du mois d’octobre, quelques jours après le lancement de Windows 8.

Windows Phone 8 a pour caractéristique de reposer sur le même noyau système que Windows 8 et de supporter un grand nombre d’API communes, rendant plus aisé le portage des applications qui seront développées pour cette nouvelle version de Windows.

Windows Phone 8 sera disponible auprès de plusieurs constructeurs majeurs parmi lesquels Nokia (qui a misé la survie de son entreprise sur ce système), Samsung et HTC.

Le pari de Microsoft repose sur l’hypothèse que le succès de Windows 8 et de son interface « Metro » donneront envie aux utilisateurs de retrouver la même interface sur leur smartphone.

Il faudra attendre quelque temps pour vérifier si ce pari est susceptible d’être gagné mais Windows Phone dispose d’autres attraits susceptibles d’attirer l’attention des DSI.

En étant basé sur le noyau système de Windows, Windows Phone hérite de ce dernier la capacité à s’intégrer dans les outils de gestion conçus pour ce système et largement déployés dans les entreprises. Contrairement à ses rivaux Apple et Google, Microsoft offre aux responsables informatiques un système qui s’intègre naturellement dans leur système d’information en leur permettant de sécuriser et de gérer à distance leur flotte de terminaux.

Enfin, contrairement à Android, Windows Phone représente une alternative système dénuée de risques juridiques pour les constructeurs désireux de contrer l’iPhone.

Reste que la route sera longue à Microsoft pour reprendre des parts de marché. Il lui faut convaincre le grand public d’adopter Windows 8 et par ricochet Windows Phone 8, ce qui ne sera pas une promenade de santé si l’on en juge par les réactions parfois virulentes de certains des premiers utilisateurs à avoir testé Windows 8.

On peut compter toutefois sur la ténacité de l’éditeur pour faire rapidement évoluer son offre et convaincre le public de l’intérêt à adopter une nouvelle interface dont le principe est plébiscité par les utilisateurs de tablettes. Les outils d’administration proposés par Microsoft aux entreprises pourraient enfin convaincre une partie d’entre elles à déployer des tablettes et des smartphones aussi facilement gérés que le sont les postes de travail.

Dans ces conditions, Microsoft pourrait dépasser RIM en perte de vitesse pour se placer en troisième position et espérer graduellement rattraper ses concurrents.

RIM (Research In motion)

L’entreprise canadienne à l’origine du célèbre BlackBerry a été complètement prise de court par l’arrivée de l’iPhone et celle d’Android. Depuis quelques années, cette société est en perte de vitesse et enregistre des pertes trimestre après trimestre, signe de la désaffection des utilisateurs qui préfèrent des terminaux tactiles et intuitifs aux terminaux dotés d’un clavier physique emblématique de la marque.

Les analystes reprochent à RIM d’avoir négligé le marché de l’entreprise, pourtant à l’origine de son succès, pour essayer de courtiser le grand public sans grand succès jusqu’ici.

RIM place désormais tous ses espoirs dans une nouvelle version de son système BB10 qui doit voir le jour début 2013 après avoir été retardé à plusieurs reprises. Ce système doit permettre de faire cohabiter un contexte d’utilisation personnelle et professionnelle au sein d’un même terminal, en espérant ainsi séduire les entreprises.

Il reste à RIM à lancer son nouveau système mais aussi de nouveaux terminaux tirant parti de ce dernier. Si la réaction du public n’est pas au rendez-vous, RIM pourrait effectivement décrocher et devenir progressivement un constructeur spécialisé sur des marchés de niche.

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