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La télévision connectée peine à trouver ses marques

La multiplication des téléviseurs disposant d’une connexion Internet et la généralisation du haut débit devraient logiquement favoriser l’essor de la TV connectée. Ces éléments ne suffisent pourtant pas à compenser la fragmentation de l’offre ainsi que l’absence d’un business model, deux facteurs qui expliquent le sous-développement de la télévision interactive.

Selon une étude du cabinet Futursource consulting, 80 % des téléviseurs commercialisés d’ici à 2015 seront des téléviseurs connectés, c’est-à-dire capable de se connecter à l’Internet via un câble Ethernet ou en Wi Fi. Ce parc installé permettra-t-il à la télévision interactive de devenir enfin une réalité ?

L’idée de proposer des services et du contenu multimédia sur les postes de télévision n’est pourtant pas nouvelle. Depuis les années 90 les expériences menées par des industriels (TimeWarner, AOL, Disney, Videotron…) se sont multipliées, sans résultats probants à ce jour.

Un environnement plus favorable

Ces échecs ne signifient pas pour autant que la télévision connectée en 2012 doive connaître le même sort.

Le contexte a évolué. L’Internet est entré dans les mœurs et avec lui de nouveaux usages se sont répandus dans la population.

L’explosion du commerce électronique, la consultation de son compte bancaire en ligne, la VOD (Video on Demand), la télévision en rattrapage (catchup), les jeux en ligne sont autant de services consommés par les internautes qui pourraient aisément trouver leur place sur un téléviseur relié à l’Internet.

Le contexte a également évolué favorablement d’un point de vue technique avec la généralisation du haut débit (ADSL). Il devrait être encore plus favorable dans quelques années, les deux principaux candidats à l’élection présidentielle ayant affirmé que le très haut débit (principalement via la fibre optique) couvrira 100 % du territoire d’ici 2020/2025.

Enfin, tous les constructeurs de téléviseurs proposent désormais des connexions au réseau web et une interface web.

Les services de la télévision connectée

En se connectant à l’Internet, le « petit écran » cherche à rivaliser avec le PC pour ce qui concerne l’accès à de nombreux services en ligne.

Une multitude de services consultables depuis sa télécommande sont ainsi apparus qui sont accessibles soit par le portail des constructeurs, soit via les fournisseurs d’accès Internet.

On trouve notamment la télévision de rattrapage permettant de visionner un programme en différé (11 millions d’utilisateurs en France l’année dernière), la vidéo à la demande, le visionnage de photos et de vidéos produites par les consommateurs, l’écoute de MP3, l’accès à des services tiers comme Youtube, DailyMotion, Facebook ou Skype sans compter de plus en plus d’applications généralement développées en HTML et Javascript.

La fragmentation des plateformes

Et pourtant, difficile de ne pas s’étonner devant la diversité des solutions de « TV connectées ».

Outre les portails des constructeurs de téléviseurs, on trouve les box des FAI (fournisseurs d’accès Internet), les set top box de chaînes comme Canal +, les offres Google TV, Apple TV, Xbox …

Si on y ajoute les autres écrans que sont les ordinateurs personnels, les smartphones et les tablettes on se trouve en face d’une balkanisation de l’offre qui n’est pas sans évoquer le marché du PC avant l’arrivée de l’IBM PC en 1981 qui avait permis de normaliser les choses.

L’arrivée d’une norme commune ?

Peu désireux de se voir phagocyter par les géants de l’Internet que sont Google ou Apple, les fabricants de téléviseurs (Samsung, Sony, LG, Toshiba … ) travaillent depuis des années au développement de leurs propres plateformes tout en essayant naturellement d’imposer leurs propres services au détriment de ceux proposés par la concurrence. La conséquence en étant une profusion de services incompatibles…

Face à cette situation, l’Europe cherche à se doter d’un standard. Celui-ci développé par l’ETSI porte le doux nom de HbbTV (Hybrid Broadcast Broadband TV), une sorte de télétexte évolué permettant d’accéder à des services interactifs.

Si quelques expériences concluantes ont été menées en Allemagne et en France par France Télévision autour de Rolland Garros, l’histoire montre qu’une norme commune a parfois du mal à s’imposer.

L’HbbTV dont le succès est loin d’être garanti devra notamment résister à la volonté des fabricants d’essayer de se différencier avec leurs propres solutions. Cette norme devra également composer avec la volonté des chaines de verrouiller l’accès à leurs contenus.

La question de la monétisation des services des TV connectées

De façon analogue avec l’Internet, deux méthodes de monétisation des services des TV connectées coexistent : un financement indirect avec la publicité et direct via des services payants.

Si la diffusion de publicités payantes ne pose pas de problèmes en soi, les choses se compliquent si l’on veut gérer des transactions comme l’achat d’un film.

Dans ce contexte la sécurité devient essentielle et il faut compter avec la nécessité de s’identifier.

Pour ce faire le fournisseur d’accès Internet dispose d’un avantage évident sur le constructeur de téléviseur.

Les chaines : des applications sur iTunes ?

Pour se protéger des assauts de Google TV, les chaines françaises ont signé en novembre 2010, une charte commune.

L’objectif est d’empêcher que des applications éditées par des tiers ou non sollicitées par le téléspectateur viennent parasiter leurs antennes. En fait, les chaines ne veulent pas que de nouvelles ressources financières (en l’occurrence la publicité sur le web) ne leur échappent et qu’elles soient récupérées par Google ou des opérateurs. Les diffuseurs veulent aussi éviter que ces nouveaux services ne mettent la main sur les mines d’or que sont les exclusivités comme des matchs de football ou d’autres évènements sportifs.

Mais ce qui inquiète le plus les différents acteurs de la TV connectée c’est l’absence d’un modèle économique. Comment vont être répartis les revenus entre les fabricants de TV, les chaines et les opérateurs ?

La réponse pourrait venir… d’Apple. Depuis plusieurs années, les rumeurs d’une télévision connectée portant le logo de l’entreprise californienne reviennent régulièrement. Pour des experts, ces modèles pourraient arriver prochainement, car Apple a besoin d’ouvrir une nouvelle ligne de produits pour continuer son expansion économique sur le même rythme. Avec une TV connectée, la société compléterait son écosystème pour offrir un environnement complet.

Dans ce cas, les chaines de télévision deviendraient des applications comme celles disponibles sur iTunes. Apple pourrait proposer aux diffuseurs de contenus de créer des applications autour de leurs univers.

En attendant d’en savoir plus sur les intentions d’Apple, il est probable que le développement de la télévision connectée reste encore longtemps un mirage d’industriels.

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