Articles IT et Télécoms

L’adoption du télétravail en France entravée par des facteurs culturels

Malgré différents accords sociaux et la généralisation des outils de communication, le travail à domicile reste peu développé en France. Les freins ne sont pas technologiques mais principalement liés à une résistance du management.

Moins de dix pour cent des salariés travaillent depuis leur domicile ou en situation nomade à l’aide des NTIC en France.

Dévoilé le 14 novembre par Frédéric Lefebvre, le Secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat et des PME, ce constat confirme que le télétravail n’est toujours pas accepté comme une alternative au travail « classique », c’est-à-dire effectué dans les locaux d’une entreprise

Ce constat concerne surtout les TPE et les PME. Selon le secrétaire d’état, seulement 15 % des entreprises de dix à dix-neuf salariés étaient concernées par ce mode de travail en janvier 2008. Ce taux grimpe à 27% pour les entreprises de vingt à deux cent quarante-neuf salariés et à 65% pour les entreprises de plus de deux cent cinquante salariés.

Le gouvernement a donc présenté un plan destiné à favoriser le développement du télétravail au sein des petites structures. Cette volonté de relancer le télétravail s’était d’ailleurs traduite dès cet été par une loi visant à la simplification du droit et un allègement des démarches administratives. Adoptées par l’Assemblée Nationale en juillet, elles doivent être prochainement examinées par le Sénat.

Dix-huit pour cent en Europe

Parmi les différentes mesures envisagées par le Secrétaire d’État, il y a l’établissement d’une présomption d’accident du travail dans le cadre du télétravail à domicile.

Une circulaire va aussi rappeler la réglementation du télétravail (ces salariés bénéficiant des mêmes droits et garanties que les autres salariés de l’entreprise).

Enfin, un site devrait assurer la promotion du télétravail et des guides pratiques seront édités afin de répondre aux craintes des TPE et PME tout en leur rappelant leurs obligations vis-à-vis des télétravailleurs (prise en charge des outils de travail notamment).

L’objectif de toutes ces mesures est de se rapprocher des taux relevés dans l’Union européenne (18% en moyenne). Mais les taux de 30% constatés dans les pays scandinaves et aux États-Unis devraient être difficiles à atteindre dans l’Hexagone.

Différentes raisons expliquent le peu d’enthousiasme des entreprises et des salariés à franchir le pas. Depuis 2005, cette pratique est pourtant encadrée par un accord national interprofessionnel décliné en une cinquantaine d’accords d’entreprise.

Mais un accord n’a jamais permis de remettre en cause de profondes habitudes de travail. Les freins ne sont en effet pas d’ordre technologique. Ils se situent plutôt au niveau de la gestion des ressources humaines et du management.

Passer d’une gestion du travail au « temps passé » à un management par « objectifs », à l’anglo-saxonne, reste l’un des principaux obstacles au développement du télétravail. Le temps passé à la tâche est en effet impossible à mesurer. Les DRH des entreprises dans lesquelles il y a des télétravailleurs ne peuvent pas quantifier cette pratique. De quoi devenir schizophrène car le code du travail stipule que le contrat salarial est un contrat basé sur le temps passé ! Avec le télétravail, le DRH doit plutôt définir un contrat de confiance.

Skype moins fort que la machine à café

De façon générale, l’établissement de cette confiance n’est pas évident. Dans de nombreuses entreprises, des managers considèrent toujours les télétravailleurs comme des « tire-au-flanc ». Résultat, des responsables d’équipes exigent toujours de voir leurs troupes en permanence. D’autres refusent que l’on télétravaille le lundi ou le vendredi, de crainte que l’on parte en week-end prolongé, ou encore le mercredi, jour des enfants.

Il faut reconnaître que toutes ces craintes ne sont complètement injustifiées. Les nouvelles technologies de communication (de la simple visioconférence au mur de téléprésence comme celui imaginé par France Télécom il y a quelques années) ne pourront jamais remplacer la petite idée « géniale » qui surviendra par hasard autour de la machine à café… La dynamique de groupe avec Skype reste à prouver !

D’un autre côté, des études menées par des psychologues ont montré que les télétravailleurs étaient plus productifs en évitant les réunions à répétition et la surcharge d’information en même temps que les manœuvres « politiques »…

Au bout du compte, l’avenir du télétravail se situe certainement dans le temps partiel et le co-working.

Dans le premier cas, le salarié travaille à son domicile trois jours par semaine et en passe deux dans son entreprise.

Dans la seconde option, les télétravailleurs se retrouvent dans des espaces de co-working, c’est-à-dire des bureaux organisés par thématique. C’est le cas de La Cantine qui est le premier espace de travail collaboratif en réseau co-working à Paris, relié à d’autres structures en France et à l’étranger.

Publicités

Discussion

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :