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Les conséquences pour l’entreprise du déclin de la plateforme Wintel

Si Microsoft et Intel ont régné sans partage sur le monde du poste client pendant près de trois décennies, l’adoption croissante des smartphones et désormais des tablettes porte en germe l’affaiblissement du PC traditionnel. L’hétérogénéité qui découlera de la diffusion de ces nouveaux outils aura pour conséquence d’amener les entreprises à revoir leurs politiques de support, de sécurité et de formation, tout en devant adopter une nouvelle approche concernant le développement de leurs applications.

Du début des années 1980 jusqu’au milieu de cette décennie, la plate-forme Wintel a exercé une domination sans partage sur le poste informatique en entreprise.

Wintel, acronyme forgé à partir de Windows et d’Intel, désigne une alliance industrielle de fait conclue entre ces deux sociétés. Le fondeur et l’éditeur ont bâti leur empire sur le succès du PC, avec le concours involontaire d’IBM dont on se rappellera qu’il est à l’origine « Personal Computer » lancé en 1981.

Pendant près de 30 ans, le PC équipé d’un processeur x86 et du système d’exploitation Windows a représenté le standard de fait de la micro-informatique, en dépit des assauts de challengers comme AMD pour les processeurs ou encore d’OS/2 d’IBM puis de Linux en ce qui concerne l’OS.

Cette hégémonie est désormais mise à mal par la montée de plates-formes systèmes alternatives qui ont pour nom iOS d’Apple et Androïd de Google, sans préjuger des chances de succès de Chrome OS développé par cette même société.

Les deux alliés historiques rencontrent chacun des difficultés qui laissent le champ libre à leurs concurrents et menacent la pérennité de leur alliance.

Intel est menacé par la plateforme ARM qui équipe 98 % des smartphones de la planète ainsi que les tablettes d’Apple et de Google. Conscient du potentiel de cette technologie, Microsoft lui-même a annoncé que Windows 8 sera disponible sur les processeurs ARM en complément des puces d’Intel.

Microsoft de son côté a pâti des insuffisances de Vista et s’est surtout fait surprendre par Apple en laissant ce dernier définir avec l’iPod, l’iPhone et enfin l’iPad l’interface utilisateur tactile et visuelle plébiscitée par les consommateurs du monde entier. Le succès de ces produits se traduit par une progression constante des PC d’Apple et donc de Mac OS X au détriment de Windows.

La montée en puissance d’Apple et de Google est à l’origine de tensions croissantes entre Microsoft et Intel, ce dernier allant jusqu’à pointer publiquement du doigt les risques de fragmentation applicative qui risquent de survenir avec l’arrivée de Windows 8.

S’agissant de Windows 8, Microsoft vient de lever le voile sur le successeur de Windows 7 qui sera bien disponible comme annoncé sur plateformes Intel et ARM mais qui constituera de surcroît une rupture majeure avec les versions précédentes, tant du point de vue de son interface utilisateur que de celui de son modèle de développement. Steven Sinfosky, le vice-président de Microsoft en charge du développement de Windows, a qualifié Windows 8 de version de Windows la plus innovante depuis Windows 95.


La nouvelle interface utilisateur de Windows 8

Les conséquences pour l’entreprise

Même si smartphones et tablettes concernent principalement le marché du grand public, de plus en plus de sociétés ont pour politique de laisser à chaque salarié le choix de choisir ses équipements.

L’iPhone, de même que les smartphones sous Androïd, connaissent une pénétration croissante en entreprise et l’iPad pourrait bien suivre le même chemin.

La conséquence étant que l’hétérogénéité des plates-formes risque bientôt de devenir la règle.

Là où les entreprises n’avaient à gérer jusqu’ici que deux ou au maximum trois versions de système et d’applications, par exemple des PC sous Windows XP et Windows 7 équipés d’Office 2003 ou 2007, elles vont désormais devoir faire face à une multiplication des plateformes utilisées, à une nouvelle diversité des interfaces ainsi qu’à une hétérogénéité des environnement de développement.

Alors que les applications traditionnelles étaient développées pour Windows, les entreprises doivent désormais adopter une approche multi plateformes afin de satisfaire leur force de travail mobile.

Elles devront par exemple développer une application en HTML/JavaScript à destination des utilisateurs de PC qui les consommeront depuis leurs navigateurs, tout en produisant dans le même temps des versions iOS et Android de ces mêmes programmes. Si on ajoute à cette liste les différentes versions d’Android à prendre en compte, l’arrivée prochaine d’HP avec son WebOS hérité du rachat de Palm et enfin les BlackBerry, on mesure la difficulté croissante des DSI à satisfaire leurs utilisateurs.

Au-delà du développement d’application, il est nécessaire de prendre en compte la question de la sécurité. Multiplier les plates-formes c’est augmenter exponentiellement la difficulté de sécuriser le système d’information.

La sécurité des données passe entre autres par la gestion des différents terminaux de l’utilisateur final. La plupart des entreprises ne peuvent pas se permettre de laisser leurs utilisateurs perdre ou se faire dérober smartphones ou tablettes contenant des informations confidentielles sans disposer des outils leur permettant d’effacer ces données à distance.

Le support va également se trouver impacté par la nécessité de former les équipes aux différents environnements d’exploitation.

L’hétérogénéité pose enfin la question de la formation des utilisateurs. Avec la remise en question de standards informatiques devenus fluctuants, les entreprises risquent de voir les moins technophiles de leurs utilisateurs se trouver confrontés à des outils tellement hétérogènes que beaucoup risquent de ne pas s’y retrouver.

Quelles solutions ?

L’idéal serait pour les entreprises de disposer d’un modèle de développement multi plateformes leur permettant de développer des applications dotées d’une interface consistante, indépendamment de l’outil utilisé.

La combinaison HTML/JavaScript répond en théorie à ce critère, le problème étant que la plupart des constructeurs préfèrent pousser leur plateforme qu’ils sont en mesure de contrôler et de monétiser. La convergence autour d’HTML est donc freinée par Apple et dans une moindre mesure par Google avec Android, sans oublier Adobe qui commercialise Flash ou Microsoft avec Silverlight.

HTML lui-même représente un ensemble de spécifications en évolution constante, la plupart des spécialistes estimant que le standard HTML 5 ne sera pas finalisé avant plusieurs années. La bonne nouvelle étant à contrario que les éditeurs de navigateurs se livrent à une course de vitesse pour implémenter HTML 5 au sein de leurs offres respectives. Même Microsoft a fait du support d’HTML la pierre angulaire de sa stratégie en présentant Internet Explorer 9 comme le navigateur le plus avancé dans le support d’HTML 5.

Le salut pour l’entreprise pourrait peut-être venir paradoxalement de cette nouvelle direction stratégique, si Microsoft tient les promesses qu’il vient de faire à l’occasion de la première présentation de Windows 8. L’éditeur annonce en effet que Windows 8 fonctionnera indifféremment sur un PC, une tablette ou un smartphone, que ceux-ci s’appuient sur un processeur Intel ou ARM.

Windows 8 supportera toujours les applications Windows traditionnelles à l’instar d’Office (mêmes si celles-ci devront être adaptées pour les processeurs ARM) mais introduira un nouveau modèle de développement reposant sur la combinaison HTML/JavaScript/CSS qui permettra en théorie de développer des applications capables de s’exécuter indifféremment sur les trois plates-formes que sont le PC, la tablette et le smartphone en conservant une interface utilisateur identique. Une conférence développeur annoncée pour la rentrée devrait permettre d’en savoir plus et de vérifier la véracité de cette affirmation.

Dans l’intervalle, on ne peut que conseiller aux entreprises d’adopter une politique de développement reposant sur les standards du Web dans la mesure du possible, de virtualiser leurs applications et enfin de se préparer à gérer un parc d’outils dont l’hétérogénéité va devenir la règle plutôt que l’exception.

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