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Liberté d’expression et réseaux sociaux : les risques professionnels liés au dénigrement de son employeur

L’actualité juridique récente soulève de nouvelles questions quant aux limites de la liberté d’expression sur Internet. Un jugement des prud’hommes condamnant des salariées pour avoir dénigré leur employeur sur Facebook rappelle que la communication via un réseau social revêt un caractère public, cela même si le contenu des échanges était réservé aux seuls « amis » des personnes intéressées.

Résumé des faits et rappel de quelques précautions à observer.

La publication de données, d’informations ou de commentaires sur Internet se distingue des autres types de communications par trois caractéristiques essentielles :

  • L’immédiateté de la diffusion
  • L’accessibilité quasi universelle des données
  • Un effacement ou retour en arrière quasi impossible

La conscience de ces propriétés devrait guider toute publication d’informations en ligne, d’autant que comme l’affirme en substance Eric Schmidt, le patron de Google, « il est illusoire d’imaginer qu’une information puisse rester confidentielle à partir du moment où elle est publiée sur l’Internet ».

Sur le plan professionnel, une expression irréfléchie peut potentiellement avoir de graves conséquences, comme l’a montré récemment l’actualité.

Dans le passé, si un salarié ou syndicat souhaitait manifester son mécontentement, il était possible d’afficher une note écrite dans les emplacements prévus à cet effet.

Si après coup l’auteur de cette note réalisait que le contenu dépassait sa pensée, il lui était toujours possible de retirer ladite note, ou d’en modifier le contenu.

Ces « corrections » à posteriori sont de fait beaucoup plus difficiles, voire impossibles, à réaliser sur Internet sachant que les données publiées sont la plupart du temps indéfiniment accessibles et qu’il n’existe pas légalement ni même techniquement de possibilité d’effacer définitivement des informations présentes sur le Web.

Faire preuve de bon sens et se donner le temps de la réflexion

Dans le monde du XXIème siècle, ou l’on est connecté quasiment à tout moment et en tout lieu, il est devenu dangereux de réagir « à chaud ». Ceci vaut particulièrement pour les commentaires à caractère diffamatoire ou offensants postés sur le Web comme on le verra plus loin.

A cet égard, qui n’a pas regretté après coup d’avoir répondu un peu rapidement à un email sans prendre le temps de la réflexion et de l’analyse ?

La publication d’informations personnelles est également concernée.

Mettre en ligne des données sensibles, telles que des photos, ses coordonnées, ses périodes de congés, son lieu d’habitation etc… sont autant d’informations qui peuvent être utilisées à mauvais escient. C’est ce qui explique le cambriolage récent d’un humoriste qui avait eu l’inconscience de publier des photos de son appartement ou de tweeter sur ses vacances permettant ainsi à des cambrioleurs d’en déduire quand et où opérer.

Sur un plan professionnel, il faut savoir que les recruteurs ont de plus en plus tendance à faire une recherche sur Internet pour se renseigner sur les postulants et que certaines photos relatant des « exploits » de jeunesse peuvent ressortir au mauvais moment pour plomber une candidature.

On se souvient également du cas d’un salarié licencié pour avoir publié sur son « mur » des photos le montrant en train de faire la fête alors qu’il était en congé maladie.

Condamnation pour diffamation sur Facebook

L’affaire Alten a récemment défrayé la chronique en exposant le cas du licenciement de trois salariées remerciées pour avoir publié des informations jugées diffamatoires sur Facebook.

Les salariées en question avaient critiqué leurs conditions de travail à l’occasion d’une conversation sur Facebook, conversation dont elles pensaient qu’elle était privée.

Les commentaires échangés l’étaient sur leur « mur » et accessibles à leurs seuls « amis », au sens Facebookien du terme. Ce dont ces salariées n’avaient pas conscience c’est que leurs échanges étaient également visibles par les « amis » de leurs « amis » parmi lesquels figurait un salarié de la même entreprise qui a jugé bon de réaliser une copie d’écran de ces échanges avant de la communiquer à sa direction.

On mesure le sens que peut revêtir le terme « ami » après une histoire de ce genre …

Ces salariées ayant été licenciées par leur entreprise saisirent le conseil des prud’hommes.

Celui-ci devait finalement statuer sur le bien-fondé de ces licenciements en rappelant que les propos incriminés avaient été proférés « sur un site social ouvert » et que « les salariés ne peuvent pas impunément critiquer ou avoir des propos injurieux ou diffamatoires à l’égard de leurs employeurs ».

Cette jurisprudence « Facebook » constitue un avertissement quant à la nécessité de paramétrer avec attention la sécurité de son espace d’expression qui s’avère revêtir un caractère beaucoup plus public que l’on ne l’imagine généralement.

En conclusion

Une récente étude montre que 15% des français parlent de leur entreprise sur les réseaux sociaux. Ce qui précède devrait les amener à devenir plus circonspects dans ce domaine …

En conclusion, Il est sans doute approprié de rappeler le vieil adage de l’ère pré-numérique qui recommande de « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » ou en l’occurrence avant de poster, de tweeter ou de communiquer de quelque manière numérique que ce soit.

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