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IPV6 : Pourquoi faire ?

Si le passage à l’an 2000 avait mobilisé les énergies de la communauté informatique, on n’observe rien de tel concernant la migration à IPv6 qui va pourtant affecter toutes les entreprises, sans exception, et ceci plus tôt qu’on ne le croit généralement.

Curieux paradoxe. Alors que le très surfait « bug » de l’an 2000 avait mobilisé l’ensemble de la communauté informatique, le passage d’un Internet basé sur le vénérable protocole IPv4 vers son successeur désigné IPv6 ne semble pas préoccuper grand monde, alors même que les enjeux sont beaucoup plus importants.

Défini en 1980, IPv4 est actuellement le protocole sur lequel repose la quasi-totalité d’Internet. En trente ans d’existence,  il aura rendu les services que l’on attendait de lui, mais il frise désormais la rupture de stock concernant le nombre d’adresses IP encore disponibles.

IPv4 est un protocole 32 bits qui peut générer un nombre d’adresses uniques limité à 4,3 milliards d’unités. Internet comptant un peu plus d’un milliards d’utilisateurs, on pourrait penser qu’il reste de la marge mais en réalité les professionnels du réseau prévoient une pénurie d’adresses IPv4 en 2011 ou 2012, c’est-à-dire après demain.

La progression rapide du nombre d’appareils connectés (à terme la plupart des gadgets disposeront d’une adresse IP, à commencer par nos téléphones), la montée en puissance de l’usage d’Internet dans de nouvelles régions du monde sont à l’origine de cette pénurie annoncée depuis longtemps.

La relève s’appelle IPv6.

Ce protocole a déjà fait l’objet d’une spécification officielle depuis plus de dix ans. Il constitue une réponse aux limitations d’IPv4 tout en ajoutant de nouvelles fonctionnalités qui permettront d’assurer le développement à long terme d’Internet.

IPv6 est un protocole 128 bits capable de générer 2 128 adresses uniques, soit un nombre suffisant pour répondre à la demande dans les décennies à venir, même si chaque habitant de la planète avait soudainement besoin de plusieurs millier d’adresses pour ses besoins courants.

IPv6 c’est aussi un réseau plus rapide, à même de gérer des capacités plus importantes, plus sécurisé, supportant nativement le QoS (qualité de service), capable de se reconfigurer de façon transparente. Le passage à IPv6 conduira à l’émergence de nouvelles applications Internet, dans le domaine de la domotique, des économies d’énergie, de la communication de machine à machine, …

Compte tenu de ces caractéristiques, comment expliquer que, dix ans après sa finalisation, IPv6 ne représente que 0.5 % du trafic Internet ?

Le problème réside dans la base installée d’équipements IPv4 qui ne pourront pas tous migrer vers IPv6 et qui devront continuer à être supportés. L’autre problème majeur réside dans l’absence d’une comptabilité ascendante dans la spécification IPv6 qui aurait permis de supporter indifféremment l’un ou l’autre protocole, de la même façon que Windows, par exemple, gère des applications écrites pour des versions antérieures de ce système. Le dernier point concerne l’absence de justification économique suffisamment impérieuse pour justifier d’une mise à jour de l’infrastructure réseau d’une entreprise. Personne ne veut être le premier à y aller et chacun attend que les autres fassent le premier pas.

A ce jour, seule une faible minorité d’entreprises a planifié cette migration et même certains fournisseurs d’accès trainent les pieds en arguant de la faiblesse du trafic IPv6.

La bonne nouvelle malgré tout est que beaucoup d’éléments nécessaires à cette transition sont déjà en place. Windows par exemple intègre le support d’IPv6 depuis 2002 et Vista ou Windows 7 chargent les deux protocoles IPv6 et IPv4 par défaut (dual stack), il n’y a donc pas de logiciel additionnel à installer sur le poste client. Un certain nombre d’outils existent qui permettent d’encapsuler du trafic IPv6 dans des paquets IPv4, sachant que le réseau devra supporter des équipements IPv4 pendant de nombreuses années. La plupart des services de Google sont utilisables en IPv6, …

Les premiers retours d’expérience d’entreprises ayant migré vers IPv6 sont plutôt positifs, la transition ayant été plus simple que prévu, compte tenu entre autres du dual stack de Windows.

Ceci étant, la transition globale de l’infrastructure Internet vers IPv6 suppose une coordination de l’ensemble des acteurs : fournisseurs d’accès Internet, opérateurs Télécoms, fabricants d’équipements réseau, fournisseurs de contenu, grand public … Toute la difficulté consiste à mobiliser cette communauté d’agents pour la faire se mouvoir dans la même direction.

On peut raisonnablement estimer que cette transition, repoussée depuis très longtemps faute de justification suffisante, finira par s’imposer d’elle-même au fur et à mesure où le stock d’adresses IPv4 va s’épuiser c’est-à-dire dans les deux ans qui viennent.

Pour chaque entreprise, il est donc temps de commencer à réfléchir à cette question (en commençant par un état des lieux de son infrastructure réseau interne), pour éviter d’être pris de court et être prêt à migrer dès que le mouvement s’enclenchera.

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